A propos

AfricaVet.com est une plateforme panafricaine dédiée à la médecine vétérinaire et à la santé animale en Afrique. Elle propose des actualités, des analyses et des ressources techniques dans une approche One Health, ainsi que des outils pratiques (veille et alertes, dossiers, infographies, agenda, applications,..) et des opportunités (emplois, formations, événements, …) au service de la communauté vétérinaire et des filières.

Contactez-nous

Contactez-nous

Vous souhaitez proposer un sujet, partager un communiqué, publier une opportunité (emploi/appel/formation) ou signaler une information en santé animale ? L’équipe AfricaVet est à votre écoute.

Contacts

Rédaction (articles, interviews, droit de réponse, opportunités, partenariats)
Email : redaction@africavet.com

Corrections / signalements
Merci d’indiquer le lien de l’article, l’élément à corriger et une source justificative.
Email : contact@africavet.com

Communiqués et alertes sanitaires

Envoyez vos informations avec : pays, date, source et lien/document officiel.

Réseaux sociaux

Facebook : https://www.facebook.com/africavetwebportail
X : https://x.com/africavet
LinkedIn : https://be.linkedin.com/in/africavet-v%C3%A9t%C3%A9rinaire-4b43a920

Confidentialité

Les informations transmises via le formulaire ou par email sont utilisées uniquement pour traiter votre demande et ne sont pas partagées, sauf nécessité éditoriale ou obligation légale.

Important

AfricaVet est une plateforme d’information. En cas d’urgence sanitaire ou de situation clinique, contactez un vétérinaire et/ou les services vétérinaires compétents.


Formulaire de contact (WordPress)

Champs recommandés : Nom, Organisation/Fonction, Pays, Email, Objet, Type de demande (liste), Message, Liens/Références, Pièce jointe (optionnel).

Case à cocher :
« J’accepte que mes informations soient utilisées uniquement pour répondre à ma demande. »

Maladie à virus Ebola : guide pratique pour les services vétérinaires africains

L’épidémie de maladie à virus Ebola causée par le virus Bundibugyo en République démocratique du Congo et en Ouganda rappelle que la prévention ne relève pas uniquement des services de santé humaine. Surveillance de la faune sauvage, protection des agents, investigation des mortalités animales et communication communautaire placent les services vétérinaires au premier rang de l’approche « Une Seule Santé ».

Dans un village situé à proximité d’une forêt, l’alerte peut commencer par la découverte d’un singe mort, une mortalité inhabituelle dans la faune sauvage ou le signalement d’un chasseur tombé malade après avoir manipulé une carcasse.

À ce stade, la rapidité de la réaction est essentielle. Un agent vétérinaire, un garde forestier ou un membre de la communauté peut être la première personne à reconnaître un événement inhabituel et à empêcher qu’une exposition animale ne devienne une crise sanitaire.

L’Organisation mondiale de la santé animale, OMSA, rappelle que la maladie à virus Ebola est une zoonose et que la prévention des nouvelles introductions chez l’être humain exige une surveillance renforcée à l’interface entre les animaux, les populations et les écosystèmes.

Une épidémie toujours active en Afrique centrale et orientale

La République démocratique du Congo a déclaré, le 15 mai 2026, une épidémie de maladie à virus Ebola causée par le virus Bundibugyo. Des cas liés à cette transmission ont ensuite été détectés en Ouganda, notamment parmi des voyageurs, des contacts et des professionnels de santé. Le 17 mai, l’Organisation mondiale de la Santé a qualifié l’événement d’urgence de santé publique de portée internationale.

Au 1er juillet, la RDC comptait 1 460 cas confirmés et 452 décès. L’Ouganda avait enregistré 20 cas confirmés, dont deux décès, tandis qu’un cas lié à la RDC avait été diagnostiqué en France. Au total, 1 481 cas confirmés et 454 décès avaient alors été rapportés. L’Ituri demeurait l’épicentre de l’épidémie, devant le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.

Le rapport de situation de l’OMS établi à partir des données disponibles au 5 juillet faisait état d’une nouvelle dégradation en RDC, avec 317 cas confirmés et 144 décès supplémentaires par rapport au rapport précédent. Trente-six zones de santé avaient été touchées depuis le début de l’épidémie. Aucun nouveau cas n’avait cependant été rapporté en Ouganda durant la semaine considérée.

Contrairement à la maladie provoquée par le virus Ebola de type Zaïre, aucun vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé n’est actuellement disponible contre la maladie causée par le virus Bundibugyo. La prise en charge précoce, la surveillance, l’isolement, le suivi des contacts et la mobilisation communautaire restent donc déterminants.

Que sait-on du virus et de son réservoir animal ?

La maladie à virus Ebola est provoquée par des virus du genre Orthoebolavirus, appartenant à la famille des Filoviridae. Elle affecte principalement les êtres humains et les primates non humains. La transmission peut se produire par contact direct avec le sang, les tissus, les sécrétions ou les autres liquides biologiques d’une personne ou d’un animal infecté.

Le réservoir naturel du virus n’a pas encore été formellement confirmé. Les données scientifiques disponibles désignent toutefois certaines chauves-souris frugivores comme les hôtes naturels les plus probables. Elles pourraient héberger le virus sans présenter de maladie apparente. L’animal à l’origine de l’épidémie actuelle n’a pas été identifié.

Les chimpanzés, gorilles, singes, céphalophes et d’autres espèces sauvages peuvent être infectés et développer une maladie grave. Leur forte sensibilité et les mortalités qu’ils subissent indiquent qu’ils ne constituent probablement pas le réservoir naturel. Ils peuvent toutefois servir d’hôtes intermédiaires ou de signaux d’alerte pour la surveillance.

Les animaux domestiques transmettent-ils Ebola ?

Les connaissances disponibles ne démontrent pas que les bovins, petits ruminants, volailles, chiens ou chats jouent un rôle actif dans la transmission des virus Ebola pathogènes pour l’être humain.

Des anticorps ont parfois été retrouvés chez des chiens ou de petits ruminants vivant dans des zones touchées. Ils peuvent traduire une exposition à des carcasses ou à des fruits contaminés, mais ne prouvent pas que ces animaux développent la maladie ou transmettent le virus.

Le porc est la seule espèce domestique chez laquelle une infection naturelle par un virus Ebola a été documentée. Il s’agissait cependant du virus Reston, détecté aux Philippines et qui n’est pas connu pour provoquer une maladie chez l’être humain. Aucune infection naturelle des porcs par les espèces responsables des grandes épidémies humaines n’a été démontrée.

Cette distinction est essentielle. Une épidémie humaine d’Ebola ne justifie pas l’abattage systématique des animaux domestiques ni la fermeture indiscriminée des marchés à bétail. Toute mesure concernant les animaux doit être fondée sur une évaluation conjointe du risque.

Quand les services vétérinaires doivent-ils donner l’alerte ?

Les services vétérinaires et les autorités chargées de la faune sauvage devraient immédiatement examiner les événements suivants :

  • mortalités groupées ou inhabituelles chez les primates, céphalophes ou autres mammifères sauvages ;
  • découverte d’animaux sauvages malades ou morts à proximité de villages, de mines, de marchés ou de campements ;
  • maladie humaine grave survenue après la manipulation, le dépeçage ou la consommation d’un animal sauvage ;
  • circulation ou vente de carcasses provenant d’animaux trouvés morts ;
  • exposition professionnelle d’un vétérinaire, d’un garde forestier, d’un chasseur ou d’un commerçant à des liquides biologiques d’un animal suspect.

Les enseignements du projet EBO-SURSY de l’OMSA montrent que les communautés peuvent jouer un rôle décisif dans la détection précoce, notamment en signalant les comportements anormaux et les mortalités inhabituelles dans la faune sauvage.

Que faire pendant les premières 24 heures ?

Lorsqu’une carcasse animale suspecte est signalée, la priorité n’est pas de la déplacer ou de l’ouvrir, mais de protéger les personnes et de préserver les informations utiles à l’enquête.

Le service vétérinaire doit immédiatement :

  1. avertir les autorités de santé publique, de la faune sauvage et de l’environnement ;
  2. sécuriser temporairement le site et empêcher tout contact avec la carcasse ;
  3. recueillir à distance les informations sur le lieu, la date, l’espèce, le nombre d’animaux et les personnes exposées ;
  4. demander aux personnes exposées de ne pas se déplacer et de contacter les services de santé ;
  5. mobiliser une équipe d’investigation formée, équipée et autorisée ;
  6. organiser, lorsque cela est justifié, le prélèvement et le transport des échantillons vers un laboratoire agréé.

Aucune autopsie, manipulation ou collecte d’échantillons ne doit être improvisée. Les carcasses potentiellement infectées présentent un risque élevé en raison de la concentration possible du virus dans les tissus et les liquides biologiques.

Les équipes ne doivent intervenir qu’en appliquant les procédures nationales de biosécurité, avec des équipements de protection adaptés, une supervision compétente et une filière sécurisée de décontamination et d’élimination des déchets.

Renforcer la surveillance sans détruire la faune sauvage

La réponse ne doit pas se transformer en campagne d’élimination des chauves-souris ou des primates. Les abattages non ciblés sont inefficaces, nuisent à la biodiversité et peuvent disperser les populations animales, compliquant davantage la surveillance.

L’OMSA recommande plutôt des systèmes structurés de surveillance de la faune sauvage, associant les services vétérinaires, les parcs, les laboratoires, les chercheurs et les communautés riveraines. Son Cadre pour la santé de la faune sauvage souligne le rôle des autorités vétérinaires dans la détection précoce, l’évaluation des risques et la gestion des agents pathogènes à l’interface homme-animal-écosystème.

Dans les zones prioritaires, cette surveillance peut s’appuyer sur les gardes forestiers, les chasseurs formés, les commerçants de viande sauvage, les organisations communautaires, les vétérinaires privés et les agents de santé animale.

Viande sauvage : communiquer sans stigmatiser

La FAO recommande de ne jamais manipuler, vendre, donner, préparer ou consommer un animal sauvage malade ou trouvé mort. Les carcasses suspectes ne doivent pas non plus être utilisées pour nourrir les chiens, les porcs ou d’autres animaux.

Dans les zones affectées ou à risque, la FAO recommande également de ne pas chasser, dépecer ou consommer les chauves-souris. Les plats à base de sang cru et la viande insuffisamment cuite doivent être évités. La chaleur détruit le virus lorsque les aliments sont correctement cuits, mais la phase la plus dangereuse demeure souvent le dépeçage et la préparation de la carcasse avant la cuisson.

La communication doit cependant tenir compte des réalités locales. Pour certaines communautés, la chasse et la viande sauvage représentent une source de protéines et de revenus. Les messages doivent donc expliquer précisément les pratiques à risque, proposer des alternatives alimentaires et éviter de criminaliser les populations.

Protéger aussi les élevages et les moyens d’existence

Lors d’une épidémie, la peur peut entraîner l’abandon des champs, la baisse de fréquentation des marchés, des restrictions de mouvements et des difficultés d’accès aux aliments pour animaux ou aux services vétérinaires.

La FAO souligne que les crises Ebola peuvent perturber la production agricole, l’élevage, le commerce et la sécurité alimentaire, même lorsque les animaux domestiques ne participent pas directement à la transmission.

Les plans nationaux doivent donc prévoir la continuité des services essentiels : soins vétérinaires, approvisionnement en aliments, vaccination contre les maladies animales prioritaires, inspection des denrées et soutien aux ménages vulnérables.

Dans les zones où des cas humains sont confirmés, les porcs et les autres animaux domestiques devraient être gardés dans des enclos afin de limiter l’accès aux déchets, aux carcasses et aux zones de sépulture. Les chiens errants doivent être gérés avec prudence, car ils peuvent déplacer mécaniquement des restes contaminés sans nécessairement être infectés.

Notification à l’OMSA : ce que doivent savoir les autorités vétérinaires

La maladie à virus Ebola ne figure pas actuellement sur la liste des maladies animales de l’OMSA.

Toutefois, la détection du virus chez un animal domestique ou sauvage répondant à la définition d’une maladie émergente doit être notifiée par l’autorité vétérinaire nationale à l’OMSA, conformément à l’article 1.1.4 du Code sanitaire pour les animaux terrestres.

Les infections par les filovirus peuvent également être déclarées volontairement dans le rapport annuel consacré aux maladies de la faune sauvage.

Les services vétérinaires doivent donc s’assurer que le Délégué national auprès de l’OMSA, le point focal pour la faune sauvage et les responsables de la plateforme WAHIS sont intégrés à la chaîne d’alerte.

Les dix préparatifs à vérifier avant la prochaine alerte

Chaque pays devrait disposer d’un mécanisme opérationnel comprenant :

  • un point focal Ebola au sein des services vétérinaires ;
  • une chaîne nationale d’alerte clairement documentée ;
  • un répertoire des laboratoires autorisés ;
  • des procédures conjointes d’investigation animale et humaine ;
  • des équipes formées à la biosécurité ;
  • un système communautaire de signalement des mortalités animales ;
  • une cartographie des interfaces à risque ;
  • des supports de communication dans les langues locales ;
  • des procédures de notification nationale et internationale ;
  • des exercices réguliers de simulation « Une Seule Santé ».

L’OMSA met à la disposition des pays des fiches techniques, outils de surveillance communautaire, manuels d’investigation des maladies de la faune sauvage et supports de communication élaborés dans le cadre du projet EBO-SURSY.

Une réponse vétérinaire peut empêcher la prochaine transmission

Lorsque l’épidémie est déjà installée chez l’être humain, la transmission interhumaine devient le principal moteur de la crise. Mais avant ce stade, une mortalité animale inhabituelle peut être l’un des rares avertissements disponibles.

Un agent vétérinaire qui écoute une communauté, protège une carcasse suspecte et transmet rapidement l’alerte peut interrompre une chaîne d’exposition avant qu’elle ne s’étende.

La place des services vétérinaires ne doit donc pas commencer après la confirmation des premiers cas humains. Elle se situe en amont, dans la surveillance de la faune, la compréhension des risques, la protection des communautés et le partage rapide de l’information.

Face à Ebola, protéger la santé humaine exige aussi de comprendre ce qui se passe chez les animaux et dans les écosystèmes.

Quelques références :

OMSA (Organisation mondiale de la santé animale)

FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture)

UA-BIRA (Bureau interafricain des ressources animales de l’Union africaine)

  • Stratégie africaine de santé animale 2019-2035 — consulter la stratégie
  • Stratégie continentale « Une seule santé » pour la prévention et le contrôle des zoonoses — consulter la présentation
  • Manuel de préparation des plans nationaux d’urgence contre les maladies animales — consulter le manuel
  • Mécanisme de coordination de l’Union africaine sur les zoonoses et l’approche « Une seule santé » — consulter la référence
  • Initiative African Union One Health Data Alliance Africa pour l’intégration et le partage des données sanitaires — découvrir l’initiative

Africa CDC

CDC des États-Unis

  • Fiche « How Ebola Disease Spreads » sur les modes de transmission d’Ebola — consulter la fiche
  • Ressource pédagogique sur l’écologie et la transmission du virus Ebola — consulter l’infographie
  • Fiche d’information générale « Ebola Disease Basics » — consulter la fiche
  • Base documentaire sur l’historique des épidémies d’Ebola — consulter l’historique
  • Alerte sanitaire (HAN) sur l’épidémie de maladie à virus Ebola en RDC et en Ouganda — consulter l’alerte
  • Publication scientifique sur la modélisation du risque de transmission zoonotique des virus Ebola — consulter l’étude
  • Orientations relatives aux équipements de protection individuelle face aux fièvres hémorragiques virales — consulter les orientations

About Author

Simon Yaya