Célébrée chaque 3 novembre, la Journée mondiale « Une Seule Santé » rappelle une évidence trop souvent négligée : la santé humaine dépend étroitement de celle des animaux et des écosystèmes. Face aux zoonoses, à l’antibiorésistance, aux changements climatiques et aux risques alimentaires, les vétérinaires occupent une place centrale dans la prévention des crises sanitaires.

Une maladie détectée chez un animal peut parfois annoncer une menace beaucoup plus large. Dans un élevage, une forêt, un marché ou une zone frontalière, les premiers signaux d’une crise sanitaire peuvent apparaître bien avant les premiers cas humains.
C’est tout le sens de l’approche « Une Seule Santé ». Elle reconnaît que la santé des personnes, des animaux domestiques, de la faune sauvage et de l’environnement forme un ensemble étroitement lié.
À l’occasion de la Journée mondiale « Une Seule Santé », célébrée le 3 novembre, les acteurs de la santé sont appelés à renforcer leur collaboration. Pour les professionnels vétérinaires, cette journée constitue également une occasion de rappeler que la prévention des épidémies commence souvent dans les élevages, les abattoirs, les laboratoires vétérinaires et les écosystèmes.
Les vétérinaires en première ligne face aux zoonoses
Une grande partie des maladies infectieuses émergentes chez l’être humain provient du monde animal. Certaines circulent depuis longtemps entre les animaux et les personnes, tandis que d’autres apparaissent à la faveur de changements environnementaux, de mouvements de populations ou de l’intensification des échanges.
La rage, la fièvre de la vallée du Rift, l’anthrax, les grippes aviaires, Ebola ou encore certaines infections transmises par les aliments rappellent la nécessité d’une surveillance conjointe.
Dans ce dispositif, les vétérinaires jouent un rôle essentiel. Ils observent les animaux, identifient les signes inhabituels, prélèvent des échantillons, contribuent au diagnostic, organisent les campagnes de vaccination et alertent les autorités.
Dans les zones rurales, ils sont parfois les premiers professionnels de santé à détecter une mortalité anormale, des avortements en série ou une baisse soudaine de production. Ces informations peuvent permettre d’agir avant que la maladie ne s’étende à d’autres élevages ou n’atteigne les populations humaines.
Protéger les animaux pour protéger les familles
En Afrique, l’élevage constitue une source de nourriture, de revenus, d’épargne et de sécurité pour des millions de ménages. Lorsqu’une maladie animale frappe un troupeau, ses conséquences dépassent largement la perte des animaux.
Une famille peut perdre sa principale source de lait, de viande ou de revenus. Les commerçants, les transporteurs et les transformateurs sont également touchés. Dans certaines régions, les restrictions de mouvements ou la fermeture des marchés peuvent fragiliser des communautés entières.
La santé animale est donc un pilier de la sécurité alimentaire et de la stabilité économique.
Prévenir les maladies par la vaccination, la biosécurité et la surveillance permet de protéger les moyens d’existence tout en réduisant les risques de transmission à l’être humain. Cela suppose des services vétérinaires accessibles, des laboratoires fonctionnels et une présence suffisante de professionnels sur le terrain.
L’antibiorésistance, une menace commune
L’approche « Une Seule Santé » est également indispensable pour combattre la résistance aux antimicrobiens.
Les antibiotiques sont essentiels pour traiter les infections bactériennes chez les humains et les animaux. Mais leur utilisation incorrecte ou excessive favorise l’apparition de bactéries résistantes.
Dans les élevages, cela peut se produire lorsque des médicaments sont administrés sans diagnostic, à des doses inadaptées ou pendant une durée insuffisante. Le non-respect des délais d’attente peut également entraîner la présence de résidus dans la viande, le lait ou les œufs.
Les vétérinaires doivent accompagner les éleveurs vers un usage plus responsable des médicaments. Leur rôle consiste à établir un diagnostic, prescrire le traitement adapté, suivre son efficacité et promouvoir les mesures de prévention.
Une meilleure hygiène, une alimentation équilibrée, des logements adaptés, la vaccination et la biosécurité permettent souvent de réduire le recours aux antibiotiques.
Surveiller aussi la faune sauvage et l’environnement
L’approche « Une Seule Santé » ne se limite pas aux animaux d’élevage. La faune sauvage et les écosystèmes doivent également être intégrés dans la surveillance sanitaire.
La destruction des habitats, la déforestation, l’expansion agricole et le commerce d’animaux sauvages augmentent les contacts entre espèces. Ces interactions peuvent faciliter la circulation de certains agents pathogènes.
Les changements climatiques modifient aussi la répartition des vecteurs, notamment les moustiques et les tiques. Des maladies peuvent ainsi apparaître dans des zones où elles étaient auparavant rares.
Les vétérinaires spécialisés dans la faune sauvage, les épidémiologistes, les écologues et les services de santé publique doivent partager leurs informations. Une alerte provenant d’un parc national ou d’un élevage pastoral peut avoir une importance nationale, voire régionale.
Transformer la collaboration en actions concrètes
Le principal défi de l’approche « Une Seule Santé » n’est plus seulement de convaincre les institutions de son utilité. Il s’agit désormais de traduire cette vision en actions concrètes.
Les ministères chargés de la santé humaine, de l’élevage, de l’environnement et de la faune sauvage doivent disposer de mécanismes permanents de coordination. Les systèmes de surveillance doivent pouvoir échanger rapidement les données. Les exercices de simulation, les enquêtes conjointes et les plans de riposte doivent associer tous les secteurs concernés.
La formation est également essentielle. Les médecins, vétérinaires, biologistes, agents communautaires et spécialistes de l’environnement doivent apprendre à travailler ensemble avant qu’une crise ne survienne.
Une seule santé, une responsabilité partagée
La Journée mondiale « Une Seule Santé » rappelle que les frontières administratives ne correspondent pas aux frontières des maladies.
Un animal infecté peut traverser plusieurs territoires. Un produit alimentaire contaminé peut être transporté sur de longues distances. Un agent pathogène présent dans l’environnement peut toucher simultanément les animaux et les humains.
Face à ces risques, la prévention reste l’investissement le plus efficace.
Renforcer les services vétérinaires, soutenir les laboratoires, améliorer la vaccination et écouter les communautés sont des mesures essentielles pour protéger la santé collective.
La santé humaine ne peut être durablement assurée sans animaux en bonne santé, aliments sûrs et écosystèmes préservés. C’est cette réalité que l’approche « Une Seule Santé » place au centre de l’action sanitaire mondiale.

