À l’approche de l’Aïd Al-Adha 1447 H, le Maroc annonce une offre nationale d’ovins et de caprins supérieure à la demande. Mais derrière ces chiffres rassurants, les enjeux vétérinaires restent majeurs : traçabilité du bétail, contrôle sanitaire, sécurité des viandes, accompagnement des éleveurs et résilience du cheptel face aux effets de la sécheresse.
Au Maroc, les préparatifs de l’Aïd Al-Adha 2026 prennent une dimension particulière. Après plusieurs années marquées par la sécheresse, la pression sur les ressources pastorales et les difficultés économiques rencontrées par les éleveurs, les autorités annoncent une situation plus favorable pour l’approvisionnement du marché national en ovins et caprins.
Selon le ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, l’offre nationale destinée à l’Aïd Al-Adha 1447 H est estimée entre 8 et 9 millions de têtes, pour une demande évaluée entre 6 et 7 millions de têtes. Le cheptel national atteindrait près de 40 millions de têtes, tandis que 160 000 fermes d’élevage et d’engraissement ont été recensées à l’échelle nationale.
Au-delà de l’abondance annoncée, cette opération met en lumière un volet essentiel : la traçabilité animale. Le recensement des exploitations et le suivi des animaux destinés à l’abattage permettent aux services vétérinaires de mieux surveiller l’état sanitaire du cheptel, d’anticiper les risques et de sécuriser les circuits d’approvisionnement.
L’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) joue un rôle central dans ce dispositif. Les contrôles menés sur le terrain portent notamment sur la santé animale, l’eau d’abreuvement, les aliments pour animaux, les viandes et les médicaments vétérinaires. Au 12 mai 2026, plus de 3 275 opérations de contrôle avaient été réalisées, avec des prélèvements analysés et 10 procès-verbaux d’infraction établis.
Ces chiffres rappellent que l’Aïd Al-Adha n’est pas seulement un moment religieux, familial et social majeur. C’est aussi une période de forte mobilisation vétérinaire, où la santé des animaux, la qualité de l’alimentation animale, la sécurité sanitaire des viandes et la protection du consommateur deviennent des priorités nationales.
Le Maroc mise également sur la reconstitution progressive de son cheptel. Près de 1,1 million d’éleveurs auraient déjà bénéficié de la première tranche de l’aide directe, pour un montant dépassant 5,2 milliards de dirhams. L’opération d’identification a couvert plus de 32 millions de têtes, créant une base de données nationale utile pour la gestion des aides, le suivi du cheptel et le pilotage des politiques publiques d’élevage.
Dans les zones pastorales, cette dynamique est particulièrement stratégique. Le maintien des femelles reproductrices, l’appui à l’alimentation animale, l’amélioration du suivi sanitaire et l’encadrement des marchés sont autant de leviers pour reconstruire durablement le capital animal, stabiliser l’offre en viande rouge et renforcer les revenus des ménages dépendant de l’élevage.
Les autorités ont également prévu le renforcement des points de vente, avec la mise en place de 35 marchés temporaires dédiés au bétail destiné à l’Aïd dans différentes régions du Royaume. Cette mesure vise à améliorer l’organisation de la commercialisation, à réduire les risques sanitaires et à offrir aux consommateurs des circuits mieux encadrés.
Le cas marocain illustre une évolution importante dans la gestion des grands rendez-vous liés à l’élevage. Il ne s’agit plus seulement de garantir la disponibilité des animaux sur les marchés, mais aussi de renforcer la confiance entre éleveurs, services vétérinaires, commerçants et consommateurs.
Dans un contexte africain où les systèmes d’élevage sont de plus en plus exposés aux chocs climatiques, économiques et sanitaires, l’expérience du Maroc rappelle que la reconstitution du cheptel doit aller de pair avec la surveillance vétérinaire, la traçabilité et l’accompagnement de proximité des éleveurs.

