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Trypanosomose animale : COMBAT veut “changer d’échelle” contre un fléau qui coûte 4 milliards $/an à l’élevage africain

Chaque année, la trypanosomose animale tuerait environ 3 millions de bovins en Afrique subsaharienne et provoquerait près de 4 milliards de dollars US de pertes annuelles pour la filière bovine. Maladie parasitaire transmise surtout par la mouche tsé-tsé, elle continue de freiner la productivité, d’appauvrir les ménages d’éleveurs et de peser sur la sécurité alimentaire.

Dans une analyse publiée par Cirad, le parasitologiste Alain Boulangé appelle à une mobilisation durable : investissement, innovation (diagnostic, lutte antivectorielle, traitements) et appui opérationnel aux services vétérinaires.

Une maladie “difficile” : pas de vaccin, résistances aux médicaments

La trypanosomose animale est causée par des parasites transmis au bétail par la tsé-tsé (et, dans une moindre mesure, par d’autres insectes hématophages). Problème majeur : il n’existe pas de vaccin, et l’efficacité des médicaments est menacée par l’apparition de résistances chez les parasites.

COMBAT : 21 partenaires, 13 pays, une logique One Health

Financé par Union européenne et coordonné par le Cirad, le projet COMBAT réunit 21 partenaires (institutions européennes, instituts de recherche, autorités vétérinaires nationales) ainsi que FAO. Déployé sur cinq ans avec une présence annoncée dans 13 pays africains, il vise à réduire progressivement le fardeau de la maladie, en cohérence avec une approche One Health (santé humaine, santé animale, environnement).

Sur le terrain, COMBAT mise aussi sur le renforcement de capacités : formations (diagnostic, identification des vecteurs), missions avec les services vétérinaires, sensibilisation des éleveurs et plaidoyer auprès des décideurs.

Le “PCP” : contrôler par étapes, à partir des données de terrain

Le projet s’appuie sur le Parcours de Contrôle Progressif (PCP) : une approche “evidence-based” qui reconnaît que toutes les zones ne sont pas au même niveau de risque et de transmission, et qu’il faut adapter les stratégies localement, puis progresser par paliers jusqu’à l’élimination (voire l’éradication) dans des zones ciblées.

Concrètement, cela passe par des systèmes d’information épidémiologiques, la production d’atlas/cartes (présence du vecteur et de la maladie), la modélisation des zones prioritaires, puis des évaluations pour décider du passage à l’étape suivante. Le Cirad rappelle que cette stratégie PCP a été développée principalement par la FAO avec la participation du Cirad.

Des outils prometteurs : Tiny Targets et BioFlyTraps

Côté lutte antivectorielle, COMBAT met en avant des innovations opérationnelles :

  • “Tiny Targets” : mini-écrans améliorés (tissu bleu attractif + moustiquaire noire imprégnée d’insecticide) visant à réduire les populations de tsé-tsé de manière ciblée, économique et jugée plus respectueuse de l’environnement.
  • “BioFlyTraps” : pièges adaptés aux tsé-tsé et autres mouches hématophages, conçus avec des matériaux biodégradables, avec un potentiel de valorisation à la fin du projet.

Le projet indique toutefois que des efforts restent nécessaires pour adapter et co-construire (avec ressources locales) les solutions liées au diagnostic et aux médicaments.

Pourquoi la mobilisation est urgente

Au-delà des pertes directes, la trypanosomose continue d’imposer un “coût invisible” : baisse de traction animale, baisse de lait et de viande, restriction de l’accès à certaines zones de pâturage, fragilisation des revenus. La FAO souligne que, dans les zones infestées par la tsé-tsé, la maladie réduit la production de viande et de lait d’au moins 50%.

Sur le plan sanitaire, Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) rappelle que la trypanosomose animale africaine est présente là où vit la tsé-tsé (entre 15°N et 29°S), et que Trypanosoma vivax peut aussi être transmis mécaniquement par des mouches piqueuses, ce qui favorise une diffusion au-delà de la “ceinture tsé-tsé”.

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Simon Yaya