La succession rapide des notifications de mpox dans l’océan Indien n’est plus un simple fait divers sanitaire. Après Madagascar, puis Mayotte, ce sont désormais La Réunion et les Comores qui ont confirmé leurs premiers cas humains, dessinant une dynamique régionale préoccupante et rappelant, une fois de plus, que les maladies émergentes ignorent les frontières administratives.
Pour les autorités sanitaires comme pour les acteurs de la santé animale, cette évolution impose une lecture dépassant le seul cadre hospitalier. Le mpox est une zoonose, et sa gestion durable repose sur une compréhension fine des interactions entre êtres humains, animaux et environnement.
De Madagascar aux îles voisines : une diffusion liée à la mobilité
Madagascar a été le premier territoire de la région à signaler officiellement une flambée récente de mpox, avec des cas confirmés en laboratoire. Dans les semaines qui ont suivi, des cas ont été identifiés à Mayotte, puis à La Réunion et aux Comores, principalement chez des personnes ayant voyagé ou transité depuis Madagascar.
Ce schéma illustre un facteur clé de risque dans l’océan Indien : la forte mobilité humaine et maritime entre les îles, qu’il s’agisse de déplacements familiaux, commerciaux ou informels. Dans ce contexte, l’apparition de cas importés n’est pas exceptionnelle ; le véritable enjeu est d’éviter l’installation d’une transmission locale durable.

Mpox : rappeler l’essentiel sur la maladie
Le mpox est une maladie virale provoquée par un orthopoxvirus, apparenté au virus de la variole humaine. La transmission se fait principalement par :
- un contact étroit avec une personne infectée (lésions cutanées, fluides biologiques),
- des objets ou surfaces contaminés,
- plus rarement, par contact avec des animaux infectés.
Les symptômes associent généralement fièvre, fatigue, douleurs musculaires, ganglions enflés et éruptions cutanées caractéristiques. Si la majorité des cas évoluent favorablement, des formes plus sévères peuvent survenir, notamment chez les personnes vulnérables.
Un enjeu central pour la santé animale
Du point de vue vétérinaire, le risque le plus redouté n’est pas seulement la transmission interhumaine, mais le “spillback”, c’est-à-dire la transmission du virus de l’humain vers des animaux domestiques ou sauvages. Une telle situation pourrait créer un réservoir animal, rendant le contrôle du mpox beaucoup plus complexe à long terme.
C’est pourquoi les recommandations internationales insistent sur un point clé :
👉 les personnes suspectes ou confirmées mpox doivent éviter les contacts étroits avec les animaux (animaux de compagnie, bétail, faune), et renforcer strictement les mesures d’hygiène.
Dans des territoires insulaires où la promiscuité entre populations humaines, animaux domestiques et environnement est fréquente, cette vigilance est essentielle.
Surveillance et coordination : les clés de la réponse
La multiplication des cas dans l’océan Indien souligne l’importance :
- d’une détection précoce et d’un diagnostic rapide,
- du suivi rigoureux des contacts,
- d’une communication claire auprès des populations, pour éviter rumeurs et stigmatisation,
- et d’une coordination régionale entre territoires voisins.
Pour les services vétérinaires et environnementaux, cela signifie également renforcer la veille épidémiologique animale, documenter tout événement inhabituel et collaborer étroitement avec les autorités de santé humaine.
Une réponse nécessairement « Une Seule Santé »
Le mpox rappelle que la sécurité sanitaire ne peut être pensée en silos. Dans l’océan Indien, comme ailleurs, la réponse la plus efficace repose sur l’approche Une Seule Santé (One Health), intégrant :
- la santé humaine,
- la santé animale,
- et la gestion des écosystèmes.
Cette approche permet non seulement de contenir l’épisode actuel, mais aussi de réduire le risque de réémergence à moyen et long terme.
Anticiper plutôt que subir
La confirmation de cas à Madagascar, Mayotte, La Réunion et aux Comores doit être vue comme un signal d’alerte, mais aussi comme une opportunité d’agir tôt. Les territoires qui investissent dans la surveillance intégrée, la coopération transfrontalière et la prévention sont ceux qui limitent le mieux l’impact des crises sanitaires.
Dans l’océan Indien, la trajectoire du mpox dépendra moins du virus lui-même que de la capacité collective à anticiper, coordonner et protéger, en tenant compte de ce lien indissociable entre la santé des humains, celle des animaux et celle de l’environnement.

