Du 4 au 13 mai 2026, Dakar devient un espace de formation, d’échange scientifique et de réflexion stratégique autour de l’approche « Une seule santé ». Réunis par Afrique One-REACH, près de 60 boursiers venus d’une dizaine de pays africains renforcent leurs compétences pour mieux relier santé humaine, santé animale et environnement.
À Dakar, l’approche « Une seule santé » prend une dimension très concrète. Pendant dix jours, de jeunes chercheurs, vétérinaires, médecins, spécialistes des données, experts en santé publique et acteurs communautaires se retrouvent autour d’un même objectif : apprendre à mieux travailler ensemble face aux risques sanitaires qui touchent les humains, les animaux et l’environnement.
La rencontre annuelle d’Afrique One-REACH, organisée du 4 au 13 mai 2026, est accueillie par l’École Inter-États des Sciences et Médecine Vétérinaires de Dakar, en partenariat avec Afrique One et le Centre Suisse de Recherche Scientifique en Côte d’Ivoire.
Une formation pour mieux comprendre les crises sanitaires complexes
Au cœur de cette rencontre, la formation occupe une place centrale. Du 4 au 8 mai, les boursiers ont pris part à une école d’été consacrée à la pensée systémique, à la modélisation, à la communication scientifique et à l’engagement communautaire.
Ces modules répondent à un besoin essentiel : former une nouvelle génération de scientifiques africains capables de comprendre les crises sanitaires dans leur globalité. Car une épidémie ne se limite pas à un virus ou à un laboratoire. Elle concerne aussi les animaux, les écosystèmes, les pratiques humaines, les mouvements de populations, les systèmes de surveillance, les communautés locales et les décisions publiques.
Pour les boursiers, cette formation constitue donc un pont entre la recherche et le terrain. Elle leur permet de mieux analyser les interactions entre les secteurs, mais aussi de transformer les résultats scientifiques en informations utiles pour les décideurs, les services techniques et les communautés.
Apprendre à agir ensemble
Après la phase de formation, les boursiers présentent leurs travaux du 9 au 12 mai devant les investigateurs principaux et les membres du conseil scientifique. Le 13 mai, les responsables du consortium se réunissent à huis clos pour définir les orientations stratégiques des prochaines étapes.
Mais cette rencontre ne se limite pas à une succession de présentations académiques. Elle s’ancre dans les réalités sanitaires du continent, notamment celles du Sénégal, qui a récemment été confronté à une épidémie de fièvre de la Vallée du Rift.
Cette crise a rappelé l’importance d’une surveillance précoce au niveau animal, avant l’apparition des cas humains. Elle a également montré que la coordination entre les secteurs reste un défi majeur. Lorsque les informations ne circulent pas rapidement entre la santé animale, la santé humaine, l’environnement et les communautés, les maladies peuvent se propager avant d’être pleinement détectées.
Pour le ministre sénégalais de la Santé, Dr Ibrahima Sy, la leçon est claire : la prévention dépend de données scientifiques fiables, rapides et utilisables. Elle dépend aussi de la capacité à traduire ces données en connaissances pratiques pour les agents de terrain.
Les vétérinaires en première ligne
L’approche « Une seule santé » rappelle aussi le rôle stratégique des vétérinaires. De nombreuses maladies émergentes ont une origine animale, ce qui place les services vétérinaires au cœur de la prévention, de la détection précoce et de la réponse aux épidémies.
Dr Prisca Ndour, vétérinaire épidémiologiste, enseignante-chercheuse à l’EISMV de Dakar et ancienne boursière d’Afrique One, souligne l’importance de cette collaboration. Pour elle, les exemples de la grippe aviaire, de la toxoplasmose et de la fièvre de la Vallée du Rift montrent qu’aucun secteur ne peut agir seul.
Sur le terrain, la réponse devient plus efficace lorsque vétérinaires, médecins, environnementalistes, services d’hygiène, chercheurs et relais communautaires partagent les informations, coordonnent leurs actions et interviennent ensemble auprès des populations.
Une approche utile pour les communautés
Pour les boursiers, l’approche « Une seule santé » n’est pas seulement un concept scientifique. Elle permet de répondre à des problèmes concrets, notamment dans les zones rurales où les ressources sont limitées.
Thérèse Gboko, médecin et doctorante ivoirienne, rappelle que la collaboration entre acteurs de la santé humaine, animale et environnementale peut renforcer la prévention et la détection des maladies dans les communautés. Dans ces contextes, travailler ensemble permet souvent de dépasser les limites des moyens disponibles.
C’est cette dimension humaine qui donne toute sa portée à la formation. Les boursiers ne sont pas seulement formés à produire des connaissances. Ils sont encouragés à comprendre les besoins des communautés, à dialoguer avec les acteurs locaux et à proposer des solutions adaptées aux réalités du terrain.
Renforcer les plateformes « Une seule santé » en Afrique
Pour le Pr Bassirou Bonfoh, directeur d’Afrique One, les problèmes sanitaires complexes ne peuvent plus être résolus par un seul secteur. La valeur ajoutée de l’approche « Une seule santé » repose sur une collaboration organisée, capable de produire des résultats concrets.
Le défi est désormais de rendre les plateformes One Health pleinement opérationnelles. En Afrique de l’Ouest, plusieurs pays disposent déjà de cadres institutionnels, mais leur niveau de fonctionnement reste variable. L’existence d’un décret ne suffit pas. Il faut des personnes dédiées, des moyens, des données, des mécanismes de coordination et une capacité réelle d’intervention.
À Dakar, les boursiers ont ainsi observé le fonctionnement de la plateforme « Une seule santé » à plusieurs niveaux : national, régional et communautaire. Les données issues de ces visites seront analysées puis restituées lors d’une table ronde avec les ministères concernés.
Former pour prévenir
Afrique One-REACH, troisième phase du consortium Afrique One pour la période 2023-2027, finance 57 boursiers répartis dans cinq groupes de recherche : zoonoses, maladies non transmissibles, maladies tropicales négligées, action collective et science des données.
À travers cette rencontre de Dakar, le consortium confirme une conviction forte : l’Afrique a besoin de chercheurs capables de produire des données, mais aussi de les transformer en décisions, en pratiques et en actions de terrain.
Dans un contexte marqué par les zoonoses, les maladies émergentes, le changement climatique et la pression croissante sur les écosystèmes, la formation des jeunes scientifiques devient un investissement stratégique. Elle permet de renforcer la prévention, d’améliorer la coordination entre les secteurs et de construire des systèmes de santé plus résilients.
À Dakar, Afrique One-REACH ne réunit donc pas seulement ses boursiers. Il prépare une génération de professionnels capables de faire vivre l’approche « Une seule santé » là où elle est la plus nécessaire : au contact des communautés, des animaux, de l’environnement et des décideurs.

