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Santé animale : quand le monde investit dans la défense, mais sous-finance sa première ligne contre les pandémies

Alors que les dépenses mondiales de défense atteignent 2 900 milliards de dollars, un nouveau rapport de l’Organisation mondiale de la santé animale alerte sur un déséquilibre inquiétant : les systèmes de santé animale restent largement sous-financés, malgré leur rôle essentiel dans la prévention des maladies transfrontalières, de l’insécurité alimentaire et des futures pandémies.

Un paradoxe mondial qui inquiète

Le monde dépense de plus en plus pour se protéger. Mais il continue d’investir trop peu dans l’une de ses premières lignes de défense : la santé animale.

Dans son rapport annuel State of the World’s Animal Health 2026, publié le 13 mai 2026 à Paris, en marge de la 93ᵉ Session générale de l’Organisation mondiale de la santé animale, l’OMSA alerte sur un constat majeur : le coût de l’inaction face aux maladies animales dépasse largement celui de la prévention. Le rapport rappelle que les maladies animales détruisent chaque année plus de 20 % de la production animale mondiale, avec des impacts particulièrement lourds dans les pays à revenu faible et intermédiaire.

Cette réalité concerne directement l’Afrique, où l’élevage soutient les revenus de millions de familles, nourrit les marchés, crée des emplois et renforce la résilience des communautés rurales. Lorsqu’une maladie animale se propage, elle ne touche pas seulement les troupeaux. Elle fragilise les ménages, perturbe les échanges, augmente les pertes économiques et peut menacer la sécurité alimentaire.

La santé animale, grande oubliée des financements

Le rapport met en évidence un contraste frappant. En 2025, l’aide internationale au développement pour la santé est estimée à environ 39,1 milliards de dollars, mais la santé animale représente moins de 2,5 % de ce montant. Dans le même temps, les dépenses mondiales de défense ont atteint un record de 2 900 milliards de dollars.

Ce déséquilibre pose une question simple : peut-on réellement parler de sécurité mondiale si les systèmes capables de détecter et de contenir les maladies à la source restent sous-financés ?

La santé animale ne concerne pas uniquement les vétérinaires. Elle touche la sécurité alimentaire, le commerce, la santé publique, la stabilité économique, le bien-être animal et la préparation aux urgences sanitaires. Les Services vétérinaires sont souvent les premiers à détecter les signaux faibles d’une crise : mortalités inhabituelles, foyers transfrontaliers, zoonoses émergentes, mouvements suspects d’animaux ou ruptures dans les chaînes de production.

Prévenir coûte moins cher que subir

Selon l’OMSA, porter les Services vétérinaires de tous les pays aux standards internationaux coûterait environ 2,3 milliards de dollars par an. Ce montant reste très faible comparé aux pertes économiques attribuées à la COVID-19 en 2020, estimées à 3 600 milliards de dollars.

Ce chiffre illustre une vérité souvent répétée mais encore trop peu appliquée : prévenir coûte moins cher que gérer une crise.

En Afrique, cela signifie investir dans les laboratoires vétérinaires, la surveillance de terrain, les campagnes de vaccination, les auxiliaires vétérinaires, les agents communautaires, la biosécurité, les systèmes d’information, les alertes précoces et la coordination transfrontalière. Cela signifie aussi donner aux Services vétérinaires les moyens humains, financiers et techniques d’agir avant que les foyers ne deviennent incontrôlables.

Des menaces animales qui s’intensifient

Le rapport arrive dans un contexte sanitaire tendu. Entre 2025 et 2026, plus de 2 000 foyers d’influenza aviaire hautement pathogène ont été rapportés dans 64 pays et territoires, entraînant la perte ou l’abattage de plus de 140 millions de volailles. La fièvre aphteuse a provoqué des foyers majeurs en Afrique australe et a réémergé en Europe. La peste porcine africaine continue de se propager, parfois par des sauts géographiques importants. Le rapport signale aussi l’inquiétude liée à la progression de la lucilie bouchère du Nouveau Monde, une mouche parasite dont la progression vers le nord suscite des préoccupations sanitaires.

Ces exemples montrent que les maladies animales transfrontalières ne sont plus des problèmes localisés. Elles circulent avec les animaux, les produits, les marchés, les mouvements humains, les failles de biosécurité et parfois les changements environnementaux.

Pour l’Afrique, les alertes sont nombreuses : peste des petits ruminants, fièvre aphteuse, peste porcine africaine, grippe aviaire, dermatose nodulaire contagieuse, fièvre de la vallée du Rift, rage, trypanosomoses ou encore maladies vectorielles. Chacune de ces maladies peut affaiblir une filière, déstabiliser les revenus des éleveurs et accroître la vulnérabilité des ménages ruraux.

Une question de sécurité mondiale

L’OMSA rappelle que 75 % des maladies infectieuses émergentes chez l’être humain ont une origine animale. Les systèmes de santé animale constituent donc une première barrière contre les épidémies, y compris contre une prochaine pandémie potentielle.

Mais cette barrière montre des signes de fragilité. D’après les évaluations citées par l’OMSA, 18 % des pays récemment évalués présentent une baisse de capacité vétérinaire, tandis que 22 % montrent une baisse des capacités paraprofessionnelles. Sur la base de 54 pays et territoires évalués, il faudrait en moyenne une augmentation budgétaire de 52 % pour couvrir le coût annuel réel de Services vétérinaires efficaces.

Ce constat est particulièrement important pour les pays africains, où les agents de terrain sont souvent confrontés à des territoires vastes, des moyens logistiques limités, des zones transfrontalières complexes et une forte mobilité animale.

Pour l’Afrique, un appel à investir autrement

Le message du rapport est clair : la santé animale doit être considérée comme un bien public mondial. Une faille dans la surveillance d’un pays peut devenir une vulnérabilité pour plusieurs régions. Une maladie détectée tardivement coûte plus cher à contenir, se propage davantage et met plus de temps à être maîtrisée.

Pour AfricaVET, cette alerte doit être lue comme un appel à renforcer les priorités suivantes : financement durable des Services vétérinaires, surveillance fondée sur les risques, vaccination stratégique, laboratoires de proximité, plateformes numériques comme ARIS, formation des para-professionnels vétérinaires, implication des éleveurs et coordination entre pays voisins.

La santé animale ne doit plus être financée seulement après les crises. Elle doit être intégrée dans les stratégies nationales de santé, de sécurité alimentaire, de développement rural, de commerce, de résilience climatique et de sécurité.

Le Forum de l’OMSA organisé lors de la 93ᵉ Session générale, sous le thème « Investing in Animal Health to Secure Everyone’s Future », doit justement ouvrir ce débat : comment passer d’une logique de réponse d’urgence à une logique d’investissement durable dans la prévention ?

Une priorité pour les décideurs

L’Afrique ne manque pas de priorités sanitaires. Elle manque souvent de financements adaptés, prévisibles et orientés vers la prévention.

Investir dans la santé animale, c’est protéger les éleveurs, sécuriser les marchés, préserver les protéines animales, réduire les risques zoonotiques, renforcer la résilience des communautés et éviter que les crises sanitaires ne deviennent des crises économiques.

À l’heure où les budgets de défense augmentent dans le monde, le rapport de l’OMSA rappelle une évidence : la sécurité ne se joue pas seulement dans les armées. Elle se joue aussi dans les fermes, les marchés à bétail, les laboratoires, les postes frontaliers, les abattoirs, les villages pastoraux et les services vétérinaires.

Prévenir les maladies animales, c’est aussi défendre l’avenir.

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Malick Kane