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Variole ovine et variole caprine : le nouveau manuel FAO qui renforce l’éradication de la PPR… en évitant les mauvaises pistes sur le terrain

Dans beaucoup de villages, l’alerte commence toujours pareil : un éleveur vous appelle, inquiet. Une brebis a de la fièvre, refuse de manger. Puis apparaissent des nodules sur la peau, des croûtes, parfois des lésions dans la bouche. La rumeur court vite : « c’est la PPR ». Mais sur le terrain, une éruption cutanée n’est pas toujours la PPR. Et quand on se trompe de diagnostic, on perd du temps, on perd des animaux… et parfois la confiance des éleveurs.

C’est précisément pour éviter ces scénarios que la FAO a publié en 2026 un manuel de terrain dédié à la variole ovine (sheep pox) et à la variole caprine (goat pox), deux maladies transfrontalières parmi les plus dévastatrices pour les petits ruminants.

Pourquoi ces deux maladies méritent l’attention (même en pleine bataille PPR)

La variole ovine et caprine est due à des capripoxvirus, très contagieux, capables de provoquer de fortes mortalités et une chute brutale de production (viande, lait), sans compter la dégradation des peaux et la paralysie du commerce dès que les mouvements d’animaux sont restreints. Les plus touchés restent souvent les petits éleveurs, ceux dont le troupeau représente l’épargne, les frais scolaires, la dot, ou simplement le repas.

Dans les populations naïves, la maladie peut atteindre 70–90 % de morbidité et jusqu’à 50 % de mortalité, avec une létalité pouvant approcher 100 % chez les jeunes.

Une présence large en Afrique… et un risque qui voyage

Autre point clé : ces maladies sont décrites comme largement présentes en Afrique (sauf l’Afrique australe), et elles se propagent surtout via les mouvements d’animaux, les marchés, les enclos de regroupement et les contacts rapprochés. La transmission se fait par gouttelettes respiratoires et via les fomites (bottes, véhicules, matériels), avec un virus capable de persister longtemps dans l’environnement, notamment dans les croûtes.

Le lien direct avec l’éradication de la PPR : “bien diagnostiquer” pour mieux éliminer

On ne le dit pas assez : l’éradication de la PPR n’est pas seulement une affaire de vaccination, c’est aussi une affaire de surveillance crédible et de réponse rapide. Or, sur le terrain :

  • Les signes respiratoires de la PPR peuvent ressembler à ceux observés dans les épisodes de variole, et les confusions diagnostiques sont fréquentes.
  • Des co-infections (PPR + goat pox / sheep pox) ont déjà été rapportées : cela complique l’interprétation clinique et impose une confirmation de laboratoire.
  • Si chaque suspicion “PPR” n’est pas investiguée correctement, on risque soit de sur-déclarer (fatigue du système, coûts), soit de sous-déclarer (ratés de détection), dans les deux cas au détriment des objectifs PPR.

En bref : un pays qui veut devenir “PPR-free” doit être capable de prouver qu’il détecte vite… et qu’il différencie bien la PPR des autres maladies majeures des petits ruminants.

Ce que le manuel FAO apporte concrètement aux équipes terrain

Le manuel FAO n’est pas un document “théorique” : il traduit la science en gestes opérationnels et en “checklists” utilisables en mission.

On y trouve notamment :

1) Une conduite à tenir dès la suspicion : Port des EPI, entretien épidémiologique, isolement des cas, organisation de restrictions temporaires, et surtout priorisation des prélèvements sur quelques cas typiques pour confirmation rapide.

2) Des prélèvements simples, adaptés au terrain : Le manuel insiste sur les échantillons “rentables” : croûtes, lésions cutanées, écouvillons nasaux/salive, plus faciles à collecter et souvent très positifs en PCR.

3) Le chaînage “terrain → laboratoire” (souvent le maillon faible) : Étiquetage, formulaires, froid, transport, et principes de packaging (y compris le triple emballage) pour sécuriser l’acheminement.

4) Vaccination et contrôle des mouvements : la logique “régionale” : Le manuel met en avant la valeur des campagnes harmonisées et transfrontalières et rappelle que la vaccination doit précéder les mouvements (transhumance, marchés) avec un délai permettant l’installation de l’immunité.

Un message fort pour les programmes PPR : vers une “santé globale des petits ruminants”

Pour l’éleveur, la question n’est pas “PPR ou variole ?”. Sa question est : “est-ce que je vais perdre mon troupeau ?”

C’est là que ce manuel devient stratégique : il aide les services vétérinaires à renforcer la confiance (diagnostic fiable), la réactivité (prélèvement/confirmation) et la cohérence des mesures (vaccination, mouvements, biosécurité). Et tout cela sert directement la PPR : un système qui sait gérer la variole ovine/caprine est un système qui progresse en maturité pour éliminer la PPR et contrôler les autres maladies prioritaires (CCPP, pasteurelloses, etc.), notamment via une meilleure approche du diagnostic différentiel.

Eradiquer la PPR, c’est aussi garantir que chaque “suspect PPR” est investigué avec rigueur… et que l’on ne laisse pas une autre maladie majeure des petits ruminants circuler dans l’ombre.

Source principale : FAO (2026), Sheep pox and goat pox – A field manual for veterinarians, FAO Animal Production and Health Manual 33.

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Simon Yaya