Sur certains marchés d’animaux vivants, la scène est banale et pourtant hautement stratégique : des volailles quittent l’étal au guidon d’une moto, direction une autre ville, un autre élevage, un autre foyer. À chaque étape, la circulation des animaux, des personnes et des matériels crée des opportunités de transmission pour des agents pathogènes capables, parfois, de franchir la barrière d’espèce.
C’est précisément sur ces « interfaces » — marchés, exploitations, chaînes commerciales, communautés humaines — que la France entend renforcer la prévention en amont, avant la crise. Dans le cadre de France 2030, le programme de recherche PREZODE (Preventing Zoonotic Diseases Emergence) financera deux nouveaux projets interdisciplinaires de recherche fondamentale, pour identifier des solutions de prévention face à l’émergence ou la réémergence de maladies zoonotiques.

Une logique de préparation : comprendre, prévenir, détecter plus tôt
PREZODE s’inscrit dans la stratégie française « Maladies infectieuses émergentes (MIE) et menaces NRBC », coordonnée par l’Agence de l’innovation en santé. Cette stratégie repose sur deux programmes de recherche complémentaires : l’un davantage orienté vers la compréhension et les contre-mesures en santé humaine (programme MIE), l’autre — PREZODE — focalisé sur la prévention et la détection précoce des émergences zoonotiques, dans une approche Une Seule Santé.
Depuis son lancement, PREZODE a déjà permis de financer 9 projets pour un montant total d’environ 16 millions d’euros. Le nouvel effort annoncé prolonge cette dynamique : à l’issue de l’évaluation de 13 projets éligibles par un jury international, 2 projets ont été retenus, pour un financement total d’environ 3,5 millions d’euros.
CARE : quand la prévention devient un contrat social local (Afrique, France)
Le premier projet sélectionné, CARE (Community Awareness and Response for Emerging zoonotic outbreaks), part d’un constat bien connu sur le terrain : les mesures de prévention “descendantes” sont souvent peu durables si elles ne collent pas aux réalités sociales, économiques et culturelles.
CARE veut donc co-construire avec les communautés des cadres flexibles de réduction des risques, capables de s’installer dans le temps : adoption de comportements protecteurs, amélioration de la détection précoce, articulation entre surveillance communautaire et dispositifs institutionnels, et démonstration de valeur (dont le rapport coûts-bénéfices).
Le projet sera mis en œuvre dans des contextes contrastés en Afrique (Cameroun, Côte d’Ivoire, Zimbabwe) et en France, en ciblant plusieurs agents pathogènes aux profils différents, notamment la grippe aviaire, la fièvre hémorragique de Crimée-Congo et la rage — une façon de tester la transférabilité et la robustesse des approches proposées.
Montant d’aide France 2030 : 1 999 177 €.
ZOLA : agir sur les marchés d’animaux vivants, sans “recette” unique (Bangladesh, Vietnam)
Le second projet, ZOLA, s’attaque à un point névralgique de nombreuses émergences : les marchés d’animaux vivants, identifiés comme des lieux où peuvent se concentrer et se diffuser des pathogènes, en particulier les virus influenza aviaires.
L’originalité revendiquée n’est pas d’empiler des mesures techniques standardisées, mais de co-créer des interventions structurelles adaptées à chaque contexte local, en combinant épidémiologie, modélisation et sciences sociales. L’objectif : mieux comprendre les dynamiques de transmission, les réseaux commerciaux et les déterminants des comportements à risque — puis produire une feuille de route actionnable et transférable vers d’autres systèmes de marché et interfaces animal–homme–environnement.
Le projet sera mis en œuvre au Bangladesh et au Vietnam.
Montant d’aide France 2030 : 1 498 726 €.
Ce que ces projets changent (vu côté santé animale)
Pour les acteurs de santé animale et de One Health, l’annonce est intéressante pour trois raisons très opérationnelles :
- La prévention est traitée comme une performance mesurable, pas seulement comme un message : adoption réelle, acceptabilité, organisation communautaire, et analyse coûts-bénéfices (CARE).
- Les “points chauds” de transmission sont abordés comme des systèmes, avec leurs règles économiques et sociales (marchés, circuits commerciaux), et pas uniquement comme des lieux à “désinfecter” (ZOLA).
- L’Afrique est un terrain de production de preuves, pas un simple terrain d’application : les sites d’étude (Cameroun, Côte d’Ivoire, Zimbabwe) sont au cœur du dispositif, avec une ambition de transférabilité vers d’autres contextes.
À retenir
- PREZODE finance 2 nouveaux projets pour ~3,5 M€ (France 2030) afin de prévenir l’émergence des zoonoses.
- CARE : prévention co-construite avec les communautés (Afrique + France), ciblant notamment grippe aviaire, CCHF, rage.
- ZOLA : réduction des risques dans les marchés d’animaux vivants (Bangladesh, Vietnam) avec approche interdisciplinaire et interventions adaptées.
[1]: France 2030 – PREZODE | Prevention strategies to address the emergence of zoonotic diseases | Cirad
[2]: An innovative, co-designed approach to ensure effective prevention of emerging zoonotic diseases – Prezode
[3]: PREZODE – INRAE

