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Filière halieutique à Madagascar : pisciculture encadrée à Ihorombe, pêche responsable renforcée dans la Diana

La filière halieutique malgache avance sur deux fronts complémentaires : sécuriser la production via une aquaculture mieux suivie, et préserver les ressources grâce à une gestion locale plus exigeante des pêcheries. Les actions menées fin décembre à Ihorombe et dans la Diana illustrent cette dynamique de terrain, à un moment où Madagascar cherche à augmenter son offre de poissons tout en limitant les risques sanitaires et environnementaux.

Ihorombe : un suivi technique pour améliorer la productivité piscicole

Le 29 décembre, l’équipe de la Direction régionale de la pêche et de l’économie bleue (DRPEB) Ihorombe s’est rendue au fokontany d’Ankily (district d’Ihosy) pour évaluer l’évolution d’une activité de pisciculture portée par l’association/ONG Soakilonga. L’objectif : mesurer les progrès, identifier les points de blocage et apporter un encadrement technique directement sur site.

Au cœur de la visite : un échantillonnage des poissons afin d’ajuster la ration quotidienne d’aliments. En pisciculture, cette étape est déterminante : une ration surévaluée augmente les coûts, dégrade la qualité de l’eau et expose à davantage de mortalités ; une ration sous-évaluée ralentit la croissance et réduit la rentabilité.

À Ankily, le projet s’inscrit dans une logique d’expérimentation adaptée au contexte local. Selon un article d’AllAfrica (reprenant une dépêche de Midi Madagasikara), l’initiative a démarré avec un bassin d’environ 1,3 m³ et 150 alevins de tilapia (environ 15 g), avec l’ambition de tester la faisabilité d’une pisciculture “hors sol” dans une région à climat sec, avant un éventuel changement d’échelle.

Diana : prévention sanitaire et règles de pêche durable au niveau communautaire

Dans la région Diana, les 29 et 30 décembre 2025, l’Union des pêcheurs Manongalaza, gestionnaire du TGRH Nosy Faly, a conduit une campagne d’information à Antafiambotry et Mahabo (Ambanja). Les messages ont porté sur trois priorités :

  • les risques liés à la consommation de poissons toxiques ;
  • la replantation de mangroves, essentielle aux cycles de reproduction et à la productivité des zones côtières ;
  • le respect des périodes de fermeture de la pêche, notamment pour le crabe, la crevette et la sardine, afin de laisser les stocks se reconstituer.

Cette approche, centrée sur l’information, les règles locales et la responsabilisation, est l’un des leviers les plus pragmatiques pour concilier revenus des ménages et durabilité des ressources, surtout dans les zones où la pêche artisanale structure l’économie locale.

La filière halieutique malgache : repères chiffrés et tendances nationales

Un pilier économique et social, très dépendant des territoires

Au niveau national, la pêche et les activités associées pèsent lourd dans l’économie et l’emploi :

  • Contribution estimée à ~7 % du PIB (2018) et ~6,6 % des exportations (2018), selon une synthèse “Gender and Fisheries” consacrée à Madagascar.
  • Environ 100 000 emplois directs (pêcheurs uniquement) selon des statistiques officielles citées dans la même source, mais jusqu’à 576 840 personnes “actives” dans la filière si l’on inclut pêche continentale et marine, subsistance, ainsi que les activités pré- et post-capture (estimation 2022).
  • Environ 2,5 millions de personnes dépendraient au moins partiellement de la filière (pêche, subsistance, grandes pêches).

Côté consommation, la moyenne nationale est estimée entre 4,3 et 7 kg/personne/an (2019), avec de très fortes disparités : dans certaines zones côtières, la consommation peut grimper très au-delà de la moyenne nationale, ce qui rappelle le rôle de la pêche dans la sécurité alimentaire locale.

Une production encore sous pression, et un objectif de hausse très ambitieux

La production halieutique malgache est également marquée par la coexistence de la pêche artisanale, de segments industriels et d’enjeux de contrôle dans la ZEE. À titre d’illustration, une estimation “reconstruite” des captures marines (2019) mentionne :

  • ~41 965 tonnes (subsistance) ;
  • ~83 576 tonnes (commercial/artisanal) ;
  • ~32 192 tonnes (industriel, dont l’essentiel dans la ZEE de Madagascar).

Dans ce contexte, Madagascar affiche des ambitions fortes. Un plan national (relayé par la presse spécialisée) viserait à porter la production annuelle à 307 000 tonnes d’ici 2028, contre une production “courante” estimée à 142 000 tonnes, en combinant mesures de gestion (quotas, aires marines protégées) et montée en puissance de l’aquaculture.

Aquaculture : le levier prioritaire, mais des chiffres qui varient selon les sources

La trajectoire aquacole dépend largement des données de référence.

  • D’un côté, des estimations relayées dans le cadre du plan évoquent ~30 000 tonnes/an, soit ~21 % de la production nationale.
  • De l’autre, un factsheet FAO (WAPI) rapporte une progression de 7 980 tonnes (2000) à 16 396 tonnes (2021).

Ces écarts ne sont pas anecdotiques : ils soulignent l’importance d’un système statistique robuste (production, mortalités, intrants, qualité sanitaire) pour calibrer les investissements, la formation, la chaîne du froid et les politiques publiques.

Exportations : une filière tournée vers la valeur (et des marchés exigeants)

Madagascar exporte divers produits halieutiques ; pour une lecture partielle mais éclairante, les données commerciales sur le “poisson transformé” indiquent ~51,4 M USD d’exportations en 2023, avec comme principaux débouchés la France, l’Allemagne et les Pays-Bas.
Cela renforce un impératif : qualité, traçabilité, respect des fermetures et maîtrise des risques sanitaires deviennent des conditions d’accès au marché autant que des enjeux de santé publique.

TGRH : quand la gouvernance locale devient un outil de durabilité

L’expérience de Nosy Faly s’inscrit dans un cadre de Transfert de Gestion des Ressources Halieutiques (TGRH), mécanisme encadré par l’Arrêté ministériel n°29211/2017. Le texte définit notamment l’Aire de Pêche Gérée Localement (APGL), les conditions du transfert, et précise que le TGRH ne peut être mis en place que dans des zones disposant d’un Plan d’Aménagement des Pêcheries (PAP), avec des règles communautaires (Dina homologué) et un cahier des charges.

Point important : l’arrêté intègre aussi des obligations liées à la conservation, dont la restauration/reboisement de mangroves et la surveillance communautaire.
Le PNUD décrit également les TGRH/TGRN comme des dispositifs qui renforcent la participation, la surveillance de proximité et la durabilité économique à l’échelle locale.

Poissons “toxiques” et mangroves : deux enjeux sanitaires et écologiques à traiter ensemble

Le risque d’intoxication : un sujet concret pour les communautés

La sensibilisation sur les “poissons toxiques” fait écho à un phénomène documenté : des efflorescences algales toxiques se produiraient chaque année entre Diego et Toliara, débutant en novembre et pouvant se prolonger jusqu’en avril/mai, avec un risque d’intoxication via la consommation de poissons.
D’où l’intérêt d’alertes précoces, d’une communication locale continue et de relais communautaires (pêcheurs, marchés, autorités sanitaires).

Mangroves : infrastructures naturelles de la pêche (et de la résilience)

Les mangroves soutiennent directement les pêcheries (nurseries, protection du littoral, productivité des estuaires). Une étude (open access) estime que la surface de mangroves à Madagascar est passée de 2 935 km² (1972) à 2 699 km² (2019), soit une baisse globale d’environ 8 %, avec un ralentissement des pertes et même un rebond récent attribué aux efforts de conservation et reforestation.
Cela donne un sens très opérationnel aux actions de replantation discutées dans la Diana : restaurer les mangroves, c’est aussi investir dans la capacité future des zones de pêche.


Ce que montrent Ihorombe et Diana : une même logique, du bassin à l’écosystème

Au final, les deux séquences de terrain racontent la même stratégie :

  1. Produire mieux (pisciculture suivie, rationnement ajusté, accompagnement technique) ;
  2. Prélever moins et mieux (fermetures biologiques, règles locales, responsabilisation) ;
  3. Réduire les risques sanitaires (poissons toxiques, conservation des produits, information) ;
  4. Protéger les habitats (mangroves, zones côtières), sans lesquels aucune “économie bleue” n’est durable.
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Malick Kane