L’aquaculture est souvent présentée comme une solution durable pour répondre à la demande croissante en protéines animales. Elle représente déjà plus de la moitié du poisson consommé dans le monde. En Afrique, elle est perçue comme une opportunité stratégique pour réduire la pression sur les stocks sauvages et améliorer la sécurité alimentaire. Mais la plupart des poissons d’élevage sont encore nourris avec de la farine et de l’huile issues de poissons sauvages. Les grandes fermes d’Europe et d’Asie alimentent leurs bassins avec du poisson pêché au large des côtes ouest-africaines. Comme le souligne Mansour Boidaha, président de l’ONG mauritanienne Zakaria : “Quand ils viennent pêcher en Mauritanie, ils pêchent du poisson pélagique alors que ce n’est pas autorisé, et du poisson frais. Un bateau peut en pêcher jusqu’à 900 tonnes par jour. Or, il faut 5 tonnes de poissons frais pour faire une tonne de farine de poisson. Cela signifie que l’on perd 5 tonnes de poissons frais à la consommation. Et, pendant ce temps, les Mauritaniens crèvent de faim et de soif. C’est inacceptable.”
Ce constat révèle un paradoxe : l’aquaculture censée soulager la pression sur les océans contribue en réalité à leur surexploitation, privant les populations locales d’une ressource alimentaire essentielle.
Pratiquée de manière responsable, l’aquaculture peut offrir de nombreux avantages. Elle fournit une source locale de protéines, crée des emplois ruraux et réduit la dépendance aux importations. Elle peut aussi contribuer à la résilience des communautés face aux changements climatiques et à la raréfaction des ressources halieutiques. Des innovations comme l’aquaponie ou les systèmes en recirculation montrent qu’il est possible de limiter la consommation d’eau et la pollution.
Cependant, l’aquaculture mal encadrée peut générer des impacts négatifs : pollution des eaux par les rejets, propagation de maladies aux poissons sauvages, usage excessif d’antibiotiques et atteintes à la biodiversité. Le recours massif à la farine de poisson, produite à partir de captures illégales ou excessives, accentue la pression sur les stocks marins et menace directement la sécurité alimentaire des populations locales.
Pour que l’aquaculture devienne réellement durable, il faut investir dans des alternatives alimentaires (protéines végétales, insectes, algues), renforcer la réglementation contre la pêche illégale, et développer des modèles intégrés comme l’aquaponie. L’approche Une Seule Santé doit guider cette transformation afin de garantir que l’aquaculture contribue à la sécurité alimentaire sans compromettre la santé des écosystèmes.

