Alors qu’un nouvel épisode El Niño pourrait se former dans les prochaines semaines, la FAO met en garde contre des risques élevés pour les cultures, les pâturages, le bétail et les moyens d’existence des communautés rurales. L’Afrique, en particulier le Sahel et l’Afrique australe, figure parmi les régions les plus vulnérables.
Un nouvel épisode El Niño est en formation et pourrait, dans les prochains mois, fragiliser davantage les systèmes agricoles et pastoraux déjà soumis à la pression du changement climatique, des conflits et de l’insécurité alimentaire.
Selon une nouvelle analyse de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, les risques de sécheresse liés à El Niño sont particulièrement élevés dans plusieurs régions du monde, notamment le Sahel, l’Afrique australe, l’Asie du Sud et du Sud-Est, le Corridor sec d’Amérique centrale et les Caraïbes.
À partir de 41 années d’images satellitaires issues de son Système d’indice de stress agricole, la FAO a cartographié les zones où les cultures et les pâturages sont les plus susceptibles d’être touchés par une sécheresse lors des épisodes El Niño forts ou très forts. Dans certaines zones agricoles et pastorales, la probabilité de sécheresse dépasse 50 %.
Une menace directe pour les agriculteurs et les éleveurs
Pour les communautés rurales, El Niño n’est pas seulement un phénomène climatique. Il peut se traduire par des récoltes perdues, des pâturages dégradés, des points d’eau asséchés, une baisse de la production animale et une augmentation de la mortalité du bétail.
Dans les systèmes pastoraux et agropastoraux africains, le bétail représente souvent l’épargne, le revenu, la sécurité alimentaire et le statut social des ménages. Lorsque la sécheresse réduit les pâturages et l’accès à l’eau, les familles peuvent perdre progressivement leurs animaux, puis leurs moyens de subsistance.
La FAO rappelle que les impacts de la sécheresse sur l’agriculture touchent principalement les pays à revenu faible et intermédiaire, où les capacités de réponse sont souvent limitées. Dans ces contextes, une sécheresse modérée peut rapidement devenir une crise alimentaire, économique et sanitaire.
Le Sahel et l’Afrique australe en première ligne
En Afrique de l’Ouest et au Sahel, les cartes de la FAO indiquent un risque important de sécheresse agricole dans une large bande allant du Sénégal et du sud de la Mauritanie vers la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin et le Nigeria, avec une extension vers l’Éthiopie et le Soudan.
Cette alerte intervient dans un contexte déjà préoccupant. L’insécurité alimentaire s’est aggravée depuis plusieurs années dans le Sahel, tandis que les conflits, les déplacements de populations et les contraintes d’accès humanitaire compliquent la protection des communautés vulnérables.
En Afrique australe, le signal est encore plus marqué. La région a récemment connu l’une des pires sécheresses de son histoire récente, avec de lourdes conséquences sur les cultures, les pâturages, les systèmes d’eau et les troupeaux. La FAO estime que de vastes zones de la Namibie et du Botswana, ainsi que certaines parties de l’Angola, de la Zambie, du Zimbabwe, de l’Afrique du Sud, du Mozambique et de Madagascar, pourraient être fortement exposées.
Pour les éleveurs, la dégradation des pâturages peut provoquer des mouvements inhabituels d’animaux, accroître la pression sur les ressources naturelles et favoriser les conflits d’usage autour de l’eau et des terres. Elle peut aussi affaiblir les animaux, réduire leur productivité et augmenter leur vulnérabilité aux maladies.
Une alerte One Health
Cette situation appelle une réponse intégrée. La sécheresse ne concerne pas uniquement la production végétale. Elle influence aussi la santé animale, la nutrition humaine, les mouvements de populations et d’animaux, la disponibilité de l’eau, la sécurité sanitaire des aliments et les équilibres environnementaux.
Dans une perspective One Health, les systèmes d’alerte précoce doivent donc associer les services météorologiques, les ministères de l’agriculture, les services vétérinaires, les dispositifs de surveillance des maladies animales, les acteurs humanitaires et les réseaux communautaires.
Lorsque les informations climatiques arrivent à temps, les agriculteurs peuvent adapter leurs calendriers de plantation, choisir des variétés plus résistantes à la sécheresse ou sécuriser des semences adaptées. De leur côté, les éleveurs peuvent stocker du fourrage, mieux planifier les mouvements de troupeaux, identifier des points d’eau alternatifs et protéger les animaux les plus vulnérables.
Agir avant que la crise ne s’installe
La FAO et le Programme alimentaire mondial ont lancé un appel conjoint de 202 millions de dollars afin de protéger 8,8 millions de personnes dans 22 pays à haut risque. L’objectif est de financer des actions anticipées avant que les sécheresses, les inondations ou les tempêtes ne provoquent des pertes irréversibles.
Ces interventions peuvent inclure des transferts monétaires anticipés, la distribution de semences adaptées, l’appui en alimentation animale, la sécurisation de l’eau, le renforcement des systèmes d’alerte précoce et l’appui direct aux agriculteurs et aux pasteurs.
L’expérience montre que l’action précoce peut limiter les pertes. Lors du précédent épisode El Niño en Afrique australe, des interventions anticipées ont permis de soutenir plus de deux millions de personnes dans sept pays, notamment à travers la fourniture de semences, l’appui à l’élevage et l’amélioration des prévisions.
Une carte pour mieux cibler les interventions
L’un des apports majeurs de l’analyse de la FAO est sa précision. Dans certaines zones, l’évaluation du risque peut être affinée jusqu’à l’échelle d’un kilomètre carré. Cette précision permet aux gouvernements et aux partenaires de mieux cibler les zones prioritaires, au lieu de disperser les ressources.
Pour les pays africains, cette approche constitue une opportunité importante : renforcer les systèmes nationaux d’information climatique, les relier aux services agricoles et vétérinaires, et faire parvenir les alertes jusqu’aux producteurs avant qu’il ne soit trop tard.
El Niño est en train de se former. Les zones à risque sont désormais mieux identifiées. La priorité est claire : transformer les cartes d’alerte en décisions rapides, en appui concret aux agriculteurs et aux éleveurs, et en protection des moyens d’existence des communautés les plus exposées.

