La récente remise de diplômes au Tsolo Agriculture and Rural Development Institute (TARDI) marque un tournant stratégique pour la biosécurité en Afrique du Sud. Dans une région durement touchée par la fièvre aphteuse, l’arrivée de nouveaux techniciens de santé animale, majoritairement des femmes, renforce les lignes de front contre les épizooties. Cette féminisation du secteur n’est pas seulement un symbole de progrès social ; elle reflète les ambitions du futur accord sur les pandémies de l’OMS (RSI), qui place l’équité de genre et l’inclusion comme moteurs essentiels de la sécurité sanitaire mondiale. En intégrant des approches sensibles au genre, ces programmes garantissent que les interventions de terrain atteignent les communautés les plus vulnérables, optimisant ainsi la surveillance et la réponse aux crises sanitaires d’origine animale.
Toutefois, cette avancée dans la gestion des maladies du bétail se heurte à un défi médical alarmant : la montée fulgurante de la résistance à la colistine en Afrique. Selon une étude récente du CIDRAP, ce “dernier rempart” antibiotique voit son efficacité s’effondrer face à des pathogènes comme A. baumannii et P. aeruginosa. Entre 2010 et 2023, la résistance a bondi de manière spectaculaire, atteignant parfois plus de 30 % pour certaines souches. Historiquement réservée à l’usage vétérinaire avant d’être réintroduite en médecine humaine face à l’échec des autres traitements, la colistine est aujourd’hui menacée. Cette crise souligne l’urgence d’une gestion intégrée de l’usage des antimicrobiens, car la porosité entre santé animale et humaine accélère la diffusion de ces super-bactéries à travers le continent.
L’impact clinique de cette résistance est dévastateur, entraînant une hausse de la morbidité, mortalité et des coûts de santé que de nombreux systèmes nationaux ne peuvent supporter. Les disparités régionales sont frappantes : alors que l’Afrique du Sud et l’Égypte affichent des taux de résistance élevés, l’accès limité aux alternatives thérapeutiques crée une profonde injustice sanitaire.
Pour répondre à ces menaces interdépendantes, le modèle promu par le TARDI doit inspirer une approche “One Health” mondiale et inclusive. En plaçant des expertes formées au cœur de la surveillance des maladies animales, on renforce la première barrière contre l’usage abusif des médicaments et l’émergence de zoonoses. La lutte contre la résistance aux antibiotiques et la gestion des épidémies comme la fièvre aphteuse exigent une vision où la sécurité sanitaire n’est plus un privilège géographique, mais un droit soutenu par une main-d’œuvre diversifiée. Seule une solidarité régionale, couplée à une équité réelle dans la distribution des ressources et des compétences, permettra à l’Afrique de transformer ces défis en une résilience durable.

