La récente décision de la Zambie de suspendre ses importations de bétail sud-africain met en lumière la fragilité des systèmes alimentaires régionaux face aux menaces épizootiques. Entre impératifs sanitaires et survie économique, l’Afrique australe cherche l’équilibre.
La Zambie a officiellement fermé ses frontières aux produits carnés et au bétail en provenance d’Afrique du Sud cause par une résurgence alarmante de la fièvre aphteuse dans plusieurs provinces sud-africaines. Si cette mesure se veut préventive, elle déclenche une onde de choc qui dépasse largement le cadre vétérinaire. Dans une région où l’agriculture et l’élevage constituent le socle de la sécurité alimentaire, la gestion des maladies transfrontalières devient un exercice de haute voltige politique, révélant les tensions entre la nécessité de commercer et l’obligation de protéger le cheptel national.
La fièvre aphteuse est une maladie virale hautement contagieuse qui affecte les animaux à sabots fendus (bovins, porcins, ovins). Si elle est rarement mortelle pour les animaux adultes, ses effets sont dévastateurs pour la productivité : perte de poids drastique, chute de la production laitière et troubles de la reproduction.
Sur le plan sanitaire, la propagation rapide du virus nécessite souvent des abattages massifs pour contenir les foyers, ce qui érode le capital génétique des troupeaux locaux.
Sur le plan économique, l’impact est double. Pour l’éleveur, c’est une perte de revenus immédiate. Pour l’État, c’est une condamnation à l’isolement commercial. Un pays touché par la fièvre aphteuse perd instantanément son accès aux marchés internationaux lucratifs, les normes de l’Organisation mondiale
En fermant sa frontière avec le géant sud-africain, Lusaka a choisi la méthode forte. Cette décision politique illustre la doctrine de « précaution maximale ». Pour la Zambie, le risque d’une contamination de son cheptel national représenterait une catastrophe socio-économique bien plus coûteuse qu’une rupture temporaire d’approvisionnement.
Toutefois, cette politique frontalière n’est pas sans conséquences :
- Sécurité alimentaire : L’Afrique du Sud est le principal fournisseur de produits transformés et de viande de la région. La fermeture risque d’entraîner une inflation des prix alimentaires sur les marchés zambiens, touchant les ménages les plus vulnérables.
- Commerce régional : Cette mesure met à mal les idéaux de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF). Elle souligne l’absence de protocoles sanitaires communs suffisamment robustes pour éviter des fermetures brutales de frontières.
La crise actuelle entre la Zambie et l’Afrique du Sud démontre que la santé animale est un pilier de la stabilité géopolitique en Afrique australe. La gestion des maladies ne peut plus être uniquement nationale ; elle doit être transfrontalière.
Pour garantir la sécurité alimentaire tout en maintenant les échanges commerciaux, la région doit investir dans la modernisation des services vétérinaires, la traçabilité numérique du bétail et l’harmonisation des campagnes de vaccination. Sans une coopération renforcée, les frontières continueront de se fermer au moindre signe d’alerte, transformant chaque épidémie animale en une crise économique majeure pour des millions de citoyens.

