
Abidjan muscle sa réponse aux risques sanitaires d’origine animale. Le 5 décembre 2025, à Cocody, le Ministère des Ressources Animales et Halieutiques (MIRAH) a inauguré un Complexe de Santé Vétérinaire pensé comme un centre nerveux de prévention, de surveillance et d’intervention rapide. Dans un contexte d’urbanisation accélérée et de pressions sanitaires croissantes, l’initiative marque un tournant dans l’organisation des services vétérinaires en milieu urbain.
Un “hub” opérationnel pour raccourcir les délais d’intervention
La singularité du site tient à son architecture intégrée. En un même lieu, le complexe regroupe plusieurs unités clés : un Centre antirabique, la COU-SPV (cellule opérationnelle d’urgence des services vétérinaires), une cellule de capture des chiens errants et une cellule de lutte contre les trypanosomoses.
Cette centralisation répond à un impératif opérationnel : réduire les délais, fluidifier la coordination inter-équipes et sécuriser la chaîne décisionnelle lorsqu’un signal sanitaire est détecté. Autrement dit, passer plus vite du signal à l’action, sans dispersion des moyens.
La rage et la divagation canine au cœur des priorités urbaines
En zone urbaine, la rage demeure un risque de santé publique majeur, étroitement lié à la divagation canine. En adossant le Centre antirabique à une cellule de capture, le MIRAH mise sur une approche complète : prévention (vaccination), gestion du risque à la source (capture/contrôle des chiens errants), et prise en charge rapide des expositions humaines.
Cette logique “bout-en-bout” est conçue pour limiter les ruptures de parcours et renforcer la confiance des populations dans la capacité des services vétérinaires à protéger la santé collective.
Un signal politique sur la souveraineté sanitaire
Lors de la cérémonie d’inauguration, le ministre Sidi Tiémoko Touré a inscrit le projet dans une stratégie plus large de sécurité sanitaire, de souveraineté alimentaire et de développement durable. Le message est clair : la modernisation des infrastructures vétérinaires n’est plus périphérique, elle devient structurante pour la gouvernance sanitaire nationale.
En toile de fond, une ambition assumée : rapprocher les services des usagers, professionnaliser les réponses et élever le niveau d’exigence en matière de prévention et de contrôle des risques.
Pensé pour la gestion de crise, aligné “One Health”
Pour Dr Kallo Vessaly, Directeur des Services Vétérinaires et du Bien-Être Animal, le complexe a été conçu pour tenir la pression en situation de crise. L’enjeu dépasse la seule santé animale : les risques ciblés ont des impacts croisés sur la santé publique, l’environnement et la sécurité alimentaire.
Cette approche, alignée avec l’esprit “Une seule santé”, favorise la circulation de l’information, la mobilisation rapide des équipes et une communication de risque plus cohérente auprès des populations.
Formation, coordination et montée en compétence
Au-delà de l’intervention, le complexe se veut un lieu de coordination et de renforcement des capacités. Des activités de formation continue et d’exercices de préparation sont appelées à s’y tenir, afin d’améliorer les réflexes opérationnels et l’interopérabilité des équipes.
Dans un paysage sanitaire où la rapidité d’exécution est déterminante, l’investissement dans les compétences est considéré comme un facteur clé de résilience.
Une réponse adaptée aux défis des métropoles africaines
L’expérience ivoirienne s’inscrit dans une tendance de fond : la santé animale urbaine devient un enjeu stratégique pour les grandes villes africaines. Densité humaine, proximité homme-animal, mobilité accrue et attentes sociétales élevées imposent des dispositifs lisibles, accessibles et efficaces.
En choisissant un modèle intégré et orienté action, la Côte d’Ivoire propose une réponse pragmatique aux défis contemporains, susceptible d’inspirer d’autres capitales de la sous-région.
Lecture AfricaVET
À l’heure où les risques zoonotiques et les attentes des citoyens s’intensifient, l’inauguration du Complexe de Santé Vétérinaire de Cocody illustre un changement d’échelle : investir dans des infrastructures opérationnelles, capables d’agir vite et bien. Pour les pays africains engagés dans la modernisation de leurs services vétérinaires, le modèle ivoirien rappelle une évidence souvent sous-estimée : la proximité et la coordination sauvent du temps — et des vies.
Image : MIRAH, 2025

