Dori, 4 février 2026. Sur l’eau calme du barrage de Yakouta, de grandes structures grillagées dessinent une nouvelle scène : des cages flottantes prêtes à transformer une retenue d’eau en véritable « ferme aquacole ». C’est ici, dans le Liptako, que le ministre d’État en charge de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques, Ismaël Sombié, a officiellement lancé la production piscicole en cages, aux côtés du ministre délégué Dr Amadou Dicko et du gouverneur Abdoul Karim Zongo.
Des chiffres concrets, un signal fort pour la sécurité alimentaire
Le projet démarre avec 22 cages déjà empoissonnées avec plus de 150 000 alevins. À court terme, l’ambition est d’atteindre 50 cages. Les autorités annoncent une production attendue de 100 tonnes, avec l’appui immédiat de 50 tonnes d’aliments aquacoles remises aux promoteurs.
Sur d’autres canaux, la montée en puissance est présentée comme pouvant porter la capacité à environ 200 tonnes par an une fois la seconde phase consolidée.
En clair : Yakouta n’est pas un simple « événement de lancement » — c’est une entrée en production, avec des intrants livrés, des volumes annoncés et un calendrier implicite de résultats.
(La séquence du lancement est relayée en vidéo sur Facebook par la page officielle du ministère — le même reel que vous avez partagé.)
Pourquoi le choix des cages flottantes change la donne
La cage flottante, pour le dire simplement, c’est un enclos en filet maintenu en eau par des flotteurs et ancré, où les poissons grandissent tout en bénéficiant du renouvellement naturel de l’eau.
Pour les zones sahéliennes, ce modèle a trois atouts de développement très concrets :
- Valoriser un ouvrage existant (la retenue d’eau) sans attendre des infrastructures lourdes.
- Créer de l’activité autour d’une chaîne de valeur locale : alevins → aliments → élevage → récolte → commercialisation → conservation.
- Mettre du poisson à portée des ménages, là où l’offre est souvent irrégulière, chère, et dépendante d’arrivages lointains.
Le vrai nerf de la guerre : l’aliment (et l’encadrement technique)
Dans l’économie de la pisciculture, l’aliment n’est pas un détail : c’est souvent la charge dominante. Sur d’autres sites du Burkina, les acteurs du secteur rappellent que l’aliment peut représenter plus de 60 % des coûts de production, d’où l’importance d’un approvisionnement régulier, abordable, et techniquement adapté.
À l’échelle du continent, certaines analyses parlent même d’un poids autour de 80 % des coûts en aquaculture.
Dans ce contexte, la remise de 50 tonnes d’aliments à Yakouta n’est pas symbolique : c’est un levier de démarrage pour sécuriser la croissance et limiter les mortalités liées aux erreurs d’alimentation (sous-dosage, surdosage, irrégularité).
Mais l’aliment seul ne suffit pas. Pour qu’une cage « tienne ses promesses », il faut un trio gagnant :
- Alevins de qualité et traçables (origine, transport, homogénéité de taille) ;
- Itinéraire technique maîtrisé (densité de mise en charge, rationnement, tri, suivi de croissance) ;
- Encadrement de proximité (conseil, supervision, réponses rapides aux mortalités et aux alertes).
Sur des expériences similaires, les services techniques insistent aussi sur le respect de la capacité de charge d’un plan d’eau (éviter une concentration excessive de cages) afin de préserver l’environnement et la performance zootechnique.
Yakouta s’inscrit dans une stratégie nationale plus large
L’initiative du Liptako s’inscrit dans une dynamique d’extension de l’aquaculture au Burkina Faso, avec des expériences antérieures en cages flottantes citées à Samandeni et Bagré, et une volonté affichée de réduire la dépendance aux importations.
Le pays fait face à un écart structurel entre la consommation et la production : certaines estimations reprises par la presse économique indiquent que la production nationale de poisson reste très inférieure à la demande, l’essentiel étant compensé par les importations.
Autrement dit, Yakouta n’est pas seulement un projet « halieutique » : c’est une réponse de politique publique à une équation alimentaire, économique et territoriale.
Source : 𝗗𝗖𝗥𝗣/𝗠𝗔𝗘𝗥𝗔𝗛

