En 2013, alors qu’il venait d’être élu confortablement à tête du Sénégal, son Excellence Monsieur le Président Macky Sall avait annoncé lors du lancement de la Campagne nationale de vaccination du bétail à Koung Koung Sérère, la ferme volonté de son gouvernement à lutter contre le vol de bétail.

Auparavant des initiatives peu fructueuses ont été menées pour sécuriser le bétail : marquage au fer, identification à l’aide d’une boucle. En 2010 ; la Direction du Développement des Equidés (DDE) avait reçu du royaume du Maroc un don de 2000 puces électroniques destinées à l’identification électronique des équidés. Une grande partie de ces puces a été utilisée dans la région de Louga. En 2013, la DDE a acheté 10 000 puces électroniques utilisées dans le programme d’identification électronique des équidés en cours dans les régions de Louga, Diourbel, Thiès et Dakar. Dans ce présent article, je m’exercerai à définir les principes de l’identification des équidés, l’importance de l’identification et les perspectives de développement de l’identification électronique au Sénégal.

Principes de l’identification électronique des équidés.

L’identification d’un cheval ou signalement est une technique qui permet de connaitre et de reconnaitre un animal en tout temps et en tout lieu. Le relevé de signalement procède par l’énumération des caractéristiques physiques de l’animal et leur inscription sur son document officiel. Les documents officiels sont délivrés par la Direction du Développement des Equidés ou par l’intermédiaire des services techniques déconcentrés du Ministère de l’Elevage et des Productions Animales (MEPA). Ces documents sont le Document d’Accompagnement (pour les chevaux de courses) et le Livret sanitaire et signalétique de cheval ou de l’âne (pour les chevaux ou ânes de trait). Le Document d’Accompagnement et le Livret sanitaire et signalétique permettent en plus de l’identification de retracer les pedigrees et d’asseoir une traçabilité sur la santé de l’animal (actes vétérinaires et analyses biologiques), les propriétaires successifs, et les différentes utilisations de l’animal (sports équestres, traction hippomobile…).En plus du signalement classique que je viens de définir, il existe d’autres méthodes d’identifications des équidés dites complémentaires. Il s’agit de l’identification électronique et du typage ADN.Ces deux types d’identification complémentaires sont réglementés par l’arrêtén°12532 du 07 août 2014 relatif à l’identification complémentaire des équidés par la pose d’un transpondeur électronique et l’arrêté n°12533 du 07 août 2014 relatif à l’identification et au contrôle de filiation des équidés par typage ADN.

Dans l’union européenne, l’identification électronique est rendue obligatoire pour tous les chevaux (règlement CE n°504/2008), les bovins (règlement CE 1760/2000), les petits ruminants (règlement CE 21/2004) et les carnivores domestiques (loi du 17 mai 2011).
La puce électronique ou transpondeur électronique procède d’une technologie dite Radio Frequency Identification (RFID). La RFID est une technologie d’identification automatique qui utilise le rayonnement radiofréquence pour identifier les objets porteurs d’étiquettes (puce électronique associée à une antenne) lorsqu’ils passent à proximité d’un interrogateur (lecteur de puce électronique). Il existe plusieurs types d’étiquettes ayant différents types de mode de communication, d’alimentation et d’usage. On peut citer à titre d’exemples : le badge électronique permettant d’entrer dans un bâtiment, la clé de démarrage d’un véhicule électronique.

La puce électronique ou «transpondeur» utilisée dans l’identification électronique des équidés est une petite capsule de verre de la taille d’un grain de riz d’environ 11 mm sur 2 mm.Cette capsule est totalement inerte, très résistante et biocompatible. Elle contient : une puce électronique gravée dans du silicium codant pour un numéro unique, un condensateur et une bobine (en cuivre) faisant office d’antenne. La puce fonctionne comme une sorte de récepteur-émetteur qui ne s’active qu’en présence de lecteur de puce émettant des ondes compatibles. Elle est contenue dans une petite seringue stérile et à usage unique munie d’un trocart. La pose de la puce électronique est donc un acte vétérinaire qui nécessite des conditions techniques et d’asepsie rigoureuse. Au Sénégal, la puce est placée au 2/3 supérieur de l’encolure gauche à 3 cm du ligament cervical par voie intramusculaire1. Lors de la pose de la puce, l’identificateur agréé (agent de l’Etat ou du privé ayant bénéficié d’un agrément de la Direction du Développement des Equidés) vérifie d’abord à l’aide du lecteur de puce électronique (l’émetteur-transcripteur qui permet de lire le numéro codé contenu dans la puce) l’existence ou non d’une puce électronique chez l’animal. Si ce dernier n’en possède pas, il réalise l’asepsie et injecte la puce au 2/3 supérieur de l’encolure gauche. Il vérifie ensuite que la puce électronique fonctionne correctement. Des informations concernant l’adresse du propriétaire, son numéro de téléphone, le numéro de sa carte nationale d’identité, le nom du cheval, sa race, sa robe, son sexe et le numéro de la puce sont transcrites dans le carnet d’enregistrement. Ces informations seront ensuite enregistrées dans le fichier central d’identification des équidés du Sénégal.

Le numéro de la puce est composé de 15 chiffres dont : un code pays, un code espèces, un code fabricant et un numéro d’ordre spécifique du cheval. C’est un numéro unique pour tout cheval et pendant toute sa durée de vie (Unique Equine LifetimeNumber). Il permet aux vétérinaires et aux agents de la sécurité publique de procéder à l’identification rapide des animaux qui est d’une importance capitale pour le développement de la filière équine.
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Rôle de l’identification électronique.

Les applications de l’identification électronique sont diverses et variées. L’identification est la base du développement de la filière équine. En effet, tout cheval doit détenir un Document d’Accompagnement (document of description) avant de participer à une activité hippique (course hippique, saut d’obstacles, concours de modèle et allure etc.). Un cheval sans document officiel est comparable à un athlète qui n’a pas de carte d’identité nationale ou de passeport. L’identification complémentaire à l’aide d’une puce électronique permet donc d’identifier rapidement des chevaux sans avoir des connaissances techniques en signalement. Dans ce cas, les forces de l’ordre (gendarmerie et police), les agents municipaux peuvent vérifier l’identification des chevaux s’ils disposent de lecteurs de puces appropriés. Ainsi, lors de mise en fourrière de chevaux, il est possible de connaitre automatiquement les propriétaires des animaux et disposer de leurs adresses et de leurs contacts téléphoniques.

Dans le contexte sénégalais, l’identification électronique s’avère être un puissant outil de lutte contre le vol de bétail. Les chevaux qui disposent d’une puce électronique, peuvent être facilement retrouvés. Je reviendrai plus tard sur les conditions de développement d’une telle application.

Sur le plan sanitaire, l’identification électronique offre de grandes opportunités pour le contrôle des maladies animales et le renforcement de la santé publique vétérinaire. En somme, l’identification peut constituer un outil de facilitation de l’application de la police sanitaire lors d’une épidémie et de contrôler les mouvements des animaux à l’échelle nationale ou internationale.

L’identification électronique constitue indubitablement un outil de traçabilité qui permet d’assurer la sécurité sanitaire et la qualité des aliments. C’est donc un moyen d’accès aux marchés les plus exigeants et un levier de croissance économique. En production animale, le couplage des puces électroniques à des logiciels de gestion technico-économiqueoffre de bonnes perspectivestant sur le plan de la gestion du travail (inventaire, bons d’enlèvements, trie des animaux)quesur le plan de l’amélioration génétique (gestion de la reproduction, la sélection) permettant d’accroitre les gains de productivité.

L’identification électronique offre plusieurs champs d’application pour le développement de l’élevage. Quelles sont donc les perspectives de développement de l’identification électronique au Sénégal ?

Perspectives de développement de l’identification électronique des équidés au Sénégal.

Le démarrage de la campagne d’identification électronique des équidés par la Direction du Développement des Equidés constitue une phase opérationnelle dans la mise en place d’un système d’identification fiable commun pour tous les équidés du Sénégal. Notre système d’identification relatif aux équidés (SIRE) ne concernait que les chevaux améliorés. En effet, la création de la Direction du Développement des Equidés (DDE) permet au MEPA de rendre opérationnelle les politiques de développement des filières équine et asine. Ainsi, les équidés qui sont les moteurs de notre agriculture sont pris en charge de façon efficiente de même que leurs utilisations (sports équestres, transport hippomobile, traction équine de matériels agricole…). Un des objectifs de la DDE est de définir des politiques d’amélioration génétique et d’élevage des équidés en vue de disposer d’animaux performants moteurs de filières à forte valeur ajoutée et pourvoyeurs d’emplois.

L’identification électronique permettra de contrôler et de sécuriser efficacement les utilisations des équidés dans les filières. Aussi, conformément aux recommandations du Symposium sur les systèmes d’identification et d’enregistrement des animaux pour la traçabilité et le développement de l’élevage en Afrique subsaharienne tenu à Pretoria du 14 au 16 Avril 2015, l’identification électronique des équidés au Sénégal constitue une phase test qui permettra l’extension de l’enregistrement à tous les animaux d’élevage. La finalité sera donc une maitrise parfaite des effectifs permettant d’asseoir des politiques d’élevage plus efficaces.

Cependant, la réussite de l’identification électronique des équidés au Sénégalnécessite la prise en compte des impératifs suivants :

  •     la mobilisation de ressources logistiques suffisantes ;
  •     l’implication de personnels techniques suffisants aussi bien du public que du privé ;
  •     la formation du personnel de terrain en Identification ;
  •     rendre obligatoire les déclarations de naissances et de mort à tous les équidés (ceci n’existe que chez les chevaux de course) ;
  •    rendre obligatoire l’identification pour tous les équidés (l’identification n’est obligatoire que chez les chevaux de courses et les chevaux affectés au transport hippomobile) ;
  •    rendre obligatoire l’établissement de certificat de vente lors de transaction commerciale par les agents de terrains qui peuvent transmettre l’information à la DDE ;
  •     et enfin, faire une large campagne de sensibilisation des éleveurs sur les avantages de l’identification électronique.


L’identification électronique constitue un puissant moteur de développement des filières équines et asine. L’Etat du Sénégal doit donc soutenir l’identification électronique des équidés et l’étendre progressivement à tous les animaux domestiques.

Par Dr Gérôme SAMBOU, Chef du Bureau de l’identification et de la coordination de l’activité des Haras. Email : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. 

Source : http://www.ferloo.com/2015/08/01/lidentification-electronique-des-equides-au-senegal-quelles-perspectives-de-developpement-a6052.html